Lundi 22 septembre 2008
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Plutôt que de faire l'apologie d'un art que j'affectione particulièrement j'ai décidé de vous faire découvrir le manga sous
un angle différent.
Je me suis donc documenté sur le pourquoi du succès de la bande déssiné japonaise. J'espère que cet article vous fera
découvrir ou redécouvrir un univers trop souvent caricaturé et réduit au terme de "japoniaiserie".
L’importance du manga au japon
Problématique : Quels facteurs peuvent expliquer l’importance du manga au Japon ?
Tout d’abord le mot manga se traduit par « image dérisoire », il vient du japonais « man » qui veut dire divertissant et « ga » qui
veut dire gravure. Il a été inventé par le caricaturiste japonais Hokusai en 1814. Mais c'est à Tezuka Osamu que l'on doit le manga tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Le manga bien que très ancré dans la culture japonais moderne, trouve ses origines dans la période Nara (700), avec l’apparition des
premiers rouleaux peints japonais. Ces derniers faisaient souvent intervenir de courts textes explicatifs après de longues scènes peintes. Cette priorité accordée à l’image, qui assure seule la
narration, est aujourd’hui une des caractéristiques les plus importantes du manga. De même lors de la période Edo (1600), les estampes étaient d’abord destinées à l’illustration de livres, mais
très vite le rapport de force s’inversa et l’on vit l’apparition de « livres à regarder », entraînant la naissance de l’estampe « indépendante » en une seule illustration :
l’ukiyo-e.
C’est d’ailleurs Hokusai le fondateur de l’estampe de paysage, qui donna son nom au manga.
Le manga ne connut sa forme actuelle qu’au début du XX ème siècle, sous l’influence des revues commerciales américaines. Diverses
séries, comparables à celles d’outre-atlantique virent donc le jour dans les journaux japonais. Le très antimilitariste « Norakuro » fut la série la plus populaire au japon jusqu’au milieu des
années quarante pendant lesquelles toute la presse ainsi que toutes les activités culturelles et artistiques subissent la censure du gouvernement militaire. Le manga était ainsi perçut comme un
outil de liberté permettant de contre-balancer la propagande du gouvernement.
A la fin de la seconde guerre mondiale sous l’occupation américaine les mangakas subissent l’énorme influence des comics qui sont alors
traduits et diffusés en grand nombre dans la presse quotidienne japonaise. L’un d’entre eux, influencé par Walt Disney, révolutionnera le genre et donnera naissance au manga moderne, il s’agit du
célèbre Osamu Tezuka.
Outre le fait qu’il soit ancré dans l’histoire artistique du Japon le manga est un phénomène actuel.
Le manga au Japon et les facteurs qui expliquent son succès
A la différence des pays occidentaux, le marché de la bande dessiné au Japon n’est pas un marché de niche mais bel est bien un
phénomène de masse qui touche une part énorme de la population. On estime à 60% le nombre de japonais qui lisent au moins un manga par semaine. De plus l’édition du manga représente aujourd’hui
plus d’ 1/3 par ses tirages et plus d’1/4 par ses revenus de l’ensemble de l’édition japonaise. L’attrait grandissant peut s’expliquer par plusieurs facteurs.
Toujours d’un point de vue historique, après la seconde guerre mondiale, le Japon est placé sous tutelle américaine et les Japonais
supportent mal la présence américaine chez eux. Ils ont perdu leur honneur et leur identité, et se trouvent noyés de produits américains chargés de culture américaine. A cette époque, la
réalité est devenue trop dure, et les Japonais ne désirent qu'une chose : oublier leur condition actuelle. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que le manga soit devenu un
phénomène.
De plus, les mangas
comptent souvent un nombre de pages (de planches) très importants. A titre d'exemple, une BD européenne contiendra une quarantaine de planches quand le manga en comptera plus d'une centaine, et
parfois même plus de deux cents. Par ailleurs, le manga est le plus souvent une série en plusieurs volumes. Au final, le nombre total de planches racontant une histoire dans un manga est
beaucoup plus élevé que dans une BD à l'européenne (même s'il s'agit d'une série). Ceci affecte par conséquent beaucoup la structure du récit et sa narration. D'où des techniques propres au
manga. Le dessin, en général, est moins « statique » que dans les bandes dessinées occidentales. Le manga utilise un découpage temporel proche de celui du cinéma, adoptant souvent ses cadrages
et utilisant une décomposition du temps et de l'action. Les personnages ont souvent de grands yeux, ce qui permet de renforcer l'expressivité du visage. De nombreux codes graphiques sont
utilisés pour symboliser l'état émotionnel ou physique d'un protagoniste. L'étonnement, par exemple, est souvent traduit par la chute du personnage ; l'évanouissement, par une croix remplaçant
les yeux.
Ensuite, le manga se diversifie selon les goûts d’un public de plus en plus important. Il touche toutes les classes sociales ainsi que
toutes les générations grâce à son prix bon marché (environ 2euros au lieu de 6 en France) et à la diversification de ses sujets. En effet, le manga, en tant que miroir mais aussi modèle
social, traite de tous les thèmes imaginables : la vie au lycée, celle du salarié, le sport, l’amour, jusqu’à des séries plus didactiques comme la littérature classique japonaise ou chinoise. De
plus, il existe des mangas pour tout les publics : le shonen, pour les adolescents, le shojo pour jeunes filles, le seinen pour jeunes adultes…
Aujourd’hui, le manga n'est plus simplement un moyen de raconter des histoires, mais aussi une méthode d'apprentissage, et on trouve
des manga pour apprendre la cuisine, les langues étrangères, mais aussi des manga du type "comment devenir..." et même l'histoire de Bouddha en manga !
Enfin, le système de publication explique le succès du manga. Ils sont donc publiés dans des magasines de prépublications ou
plusieurs chapitres de différents mangas sont réunis. Ces magasines sont peu chers et se vendent par millions d‘exemplaires. Ils sont lu dans le métro, les cafés, le train. En l’absence de
succès auprès du public, une série pourra voir sa parution arrêtée, le mangaka étant prévenu un peu avant pour trouver un fin à son histoire. Ainsi outre l’attrait naturel pour cette bande
dessinée les éditeurs répondent à des impératifs économiques.
Les mangas sont présents
dans une trentaine de pays. Fait notable : les principaux éditeurs japonais sont personnellement présents aux États-unis avec pour certains magazines comme Shonen Jump des ventes de 350.000
exemplaires par mois.
En France les mangas ont encore une réputation sulfureuse acquise au début des années 90. Le succès récent des films de Miyazaki qui
mettent notamment en lumière la diversité du manga, permettrent de remettre en cause cette triste réputation. Début 2006, la France, avec 10 millions d’exemplaires annuels, le plus gros «
consommateur » de manga au monde après le Japon. Les mangas représentent 22% du chiffre d’affaires de la BD et constitue la plus forte progression derrière la fiction jeunesse. Enfin on compte de
plus en plus d’éditeurs se lançant dans ce domaine voulant profiter de la manne économique que représente le manga. Il existe, aujourd’hui plus de 20 éditeurs de mangas en France (Glénat,
Delcourt, Kana, Tonkam).
L'énorme popularité des mangas rivalise quelquefois avec les grosses pointures de la bande dessinée européenne ; ainsi Dragon Ball a
été vendu à plus de 250 millions d'exemplaires dans le monde, un chiffre qui surpasse celui enregistré par Tintin.
Il faut également noter l’apparition de mangas venant d’autres pays asiatiques : comme les Manhwa en Corée, par
exemple.
Outre le fait que le manga soit un art présent depuis longtemps au Japon, les raisons de sa réussite sont également la richesse et la
diversité de ses thèmes, son prix modeste, l’abondance de sa production et son lien stimulant avec l’univers dérivé de l’animation et des jeux vidéos.
BIBLIOGRAPHIE :
Ø Guide du manga - France : Des origines à 2004, Éd. du Camphrier, 2004
Ø Divers magazines spécialisés, comme Otaku, Coyotte, Animeland.
Ø Reportage ARTE « un monde manga ».
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