J’embarque à bord d’un avion de Ryan Air pour un vol de deux heures. L’avion est à moitié vide et le passager à côté de moi semble ne pas supporter les intempéries qui frappent le Boeing 767.
L’arrivée
Killorglin est situé dans le cœur du Kerry le long de la Luance River. Pour arriver jusqu'à Killorglin pas beaucoup de choix : un taxi ou le bus. Le voyage est plutôt plaisant et chaque village offre son lot de surprises : toits de chaume, golfs immenses où Tiger Woods aime bien s’entraîner, maisons multicolores etc.
Premier désappointement, impossible de comprendre ce que raconte le chauffeur. Impossible de savoir dans quelle ville le bus va s’arrêter. Si vous n’aimez pas les surprises voilà un petit truc pour savoir quand vous serez arrivés. Dès qu’un bouc en bronze se dresse devant vous, plus de doutes vous êtes à Killorglin. Devant vous un pont. Avancez-vous encore un peu si le brouillard gêne votre vue. Voilà, Killorglin. Un petit village typique à flanc de montagne. Les arbres semblent former une muraille autour du petit village constitué de maisons aux formes et aux couleurs déroutantes pour un étranger. Une autre chose déroutante pour moi fut le temps. Incroyable il pleut en France et un superbe soleil m’accueille en Irlande. Hélas j’ai vite déchanté. Ce n’est pas qu’il pleuve tout le temps en Irlande, non. Il ne fait pas tout le temps gris non plus. En Irlande, il pleut. Après la pluie, le soleil. Après le soleil, la pluie. Entre les deux, crachin, brume, brouillard, arc-en-ciel et même des effets de soleil en cours d’averse. Et tout cela juste en une après midi. Autant vous dire qu’il faut toujours avoir sur soi un parapluie ou un K-way.
Où se loger ?
Un des premiers problèmes lorsque l’on voyage est de savoir où se loger. Une pratique très répandue en Irlande c’est de loger dans de petits hôtels appartenant à des particuliers et qui proposent toujours le petit déjeuner : les Bed and Breakfast. Cela permettra aux plus téméraires de tenter les œufs au jambon de pays dès 7 heures du matin. Cependant, il faut compter entre 40 et 60 euros par nuit Pas forcement possible à long terme.
J’ai donc passé mes deux premières semaines au B&B. Au Bianconi, pas très Irlandais comme nom, mais dès que la réceptionniste s’est adressée à moi j’ai compris à son accent qu’elle était irlandaise de pure souche. Il m’aura fallu plus de 10 minutes pour comprendre un mot aussi simple que "orange juice" Autant vous dire que les trois premiers jours je ne prenais que du café, bien plus simple à prononcer. Et puis, je ne me sentais pas le courage de tenter la prononciation du fameux breuvage.
Outre les B&B, il y a pas mal de locations dans le coin et si vous arrivez à trouver un colocataire sympa l’affaire est réglée. Voilà comment je me suis retrouvé dans une superbe maison avec deux chambres, un salon, une salle à manger, Internet, une cuisine équipée, à deux pas de là où je travaillais, pour 340 euros par mois.
Voilà donc après deux semaines d’installation et d’acclimatation il est temps de voir ce qui se passe dans le coin.
La vie a Killorglin
Une des choses qui frappent c’est la convivialité, la courtoisie et la gentillesse qui règnent dans la ville. Un coup de klaxon et vous voyez un pouce se lever. C’est comme cela que l’on salue ici. Même en étant ici depuis peu je commence déjà à être habitué à saluer de la sorte mes collègues de travail qui passent en voiture. Tout le monde se connaît, tout le monde se salue et petit à petit j’ai l’impression de faire partie de cette grande famille. Pas évident pourtant de retenir tous les prénoms surtout quand ils sont prononcés à l’Irlandaise. Pour me simplifier la tâche j’ai opté comme tout le monde ici pour un « Hi How are you », bafouillé, marmonné, et dit tellement rapidement que personne n’arrive vraiment à identifier chaque mot. Mais c’est comme ça que l’on se dit bonjour ici m’a t’on affirmé. Ici on ne serre pas la main ou alors seulement aux personnes importantes. Les amis, on les gratifie d’un pouce en l’air et pour les autres le fameux « Hi owru » suffit. La vie à Killorglin est paisible, il ne semble pas y avoir de problèmes dans ce petit village, seulement des solutions.
S’il pleut eh bien ce n’est pas grave le pub est couvert non ?
Si vous vous sentez seul sortez quelqu’un viendra sûrement vous parler.
L’Irish Stew vous donne des nausées ? Pas grave un fish-and-chips ou un bœuf à la Guinness réconcilieront vos estomacs.
Vous l’aurez compris que cela soit au pub, au travail ou dans la rue la bonne humeur est le mot d’ordre. De plus, il semble que toutes les contradictions soient solubles dans le tempérament celtique : le soleil brille à travers la pluie, les buveurs de bière ont de l’esprit, et les balades tristes finissent sur des gigues déchaînées…
Les magasins
Pour faire ses courses en Irlande il faut vite oublier ses vieux repères français. En effet, s’il est dur de trouver un magasin ouvert le dimanche ou après 19h30 en France, à Killorglin les supermarchés restent ouvert 24/24, 7/7. Pratique quand on travaille toute la semaine. De plus si le chef de rayon français se fait une joie de tout voir bien rangé et en ordre ici il n’en est rien. Les sodas sont à côté des cornichons, les yaourts avec les bières, une organisation surprenante en somme dont il faut percer le secret pour espérer remplir son caddie.
Un concept de magasin me surprit particulièrement : « Tesco ». Les produits sont consultables sur Internet ou par catalogue. Mais il n’existe pas de magasins à proprement parler, juste un entrepôt avec un hall où l’on trouve des catalogues et un guichet où l’on donne la référence du produit souhaité. Le paquet est amené dans les 2 minutes et l’on peut repartir avec son bien. Je ne connaissais pas un tel concept et je ne crois pas que cela existe en France. Mais cela permet d’avoir des produits bien moins chers que dans des magasins avec des rayons, une surface d’exposition et tous les coûts que cela implique.
Pour faire ses courses il faut également prendre en compte une autre donnée. Peu de magasins acceptent la carte bleue (Visa ou MasterCard). Les chèques francais sont bien sûr inutilisables ici.
Ici pour payer il faut soit être muni de liquide, soit demander à sa banque (irlandaise) une carte « Laser », système qui ressemble à nos cartes monéo, mais bien plus répandu.
Oncle Sam est irlandais ?
Ce qui peut surprendre dans les rayons des supermarchés c’est la présence de produits frappés « USA » Les chips, les sodas, les sauces (tous les supermarchés proposent un nombre impressionnant de sauces différentes), etc. Tous sont estampillés d’un drapeau américain ou d’un descriptif laissant à penser que le produit nous vient directement d’une ferme du Texas où un gentil cow-boy, une cigarette au bec, aurait passé la saison à récolter les meilleures tomates pour que son ketchup soit des plus savoureux.
A Killorglin, petite ville de 2000 habitants on compte tout de même deux Fast food. De plus ils n’ont rien à envier à nos Fast food français. Contrairement à ces derniers ici ils jouent plus sur le côté famille. Il y a un coin enfant avec des TV, une ambiance familiale, de grandes tables où en France on trouverait des tables de quatre personnes maximum.
Si les Etats Unis s’invitent dans nos assiettes ils s’invitent également dans les TV. Outre les classiques séries policières américaines que l’on trouve aussi en France, la TV irlandaise est envahie de talk show, de TV réalité ou autres concours de chant, de danse made in USA.
Ce qui est assez paradoxal, c’est que si les émissions télé viennent du monde entier, les informations, tant dans la presse écrite qu’à la TV sont principalement régionales. Très peu d’images du Moyen Orient, beaucoup d’articles sur les fêtes locales ou sur le sport.
Le travail
Le premier jour en me levant la question de l’habillement se pose. La veille en allant repérer les lieux je n’ai vu sortir de l’immense bâtiment FEXCO que des personnes habillées décontracté. Bon ! Un pantalon classe, une chemise et une veste feront l’affaire. Classe sans faire pingouin si tout le monde est en jogging. Après avoir signalé mon arrivée à l’accueil deux personnes sont venues m’accueillir. Ouf ! Ils ont l’air sympa…cool ils le sont. L’une des deux parle francais, Fabien, l’autre, mon manager et maître de stage, s’appelle Rose. Fabien est le seul francais à Gulliver, la grande majorité de nos compatriotes se trouvant un étage plus bas à la Western Union. Il m’explique ce que j’ai à faire et me forme. Il me fait aussi visiter la ville : le deuxième bâtiment FEXCO, la bibliothèque financée par le PDG de FEXCO, l’école, les terrains de sport…
Il me sera également d’un grand secours en me renseignant sur les codes et les coutumes de la ville.
Pour en revenir aux codes vestimentaires une mode me surprit grandement. Je fus mis sur la piste de cette excentricité vestimentaire (à mes yeux) le premier jour : une fille, plutôt jeune, bien habillée, mais en tongs. Certes cela n’est pas si choquant que ça à priori, mais dans un endroit où il pleut au moins une fois par jour et où le thermomètre reste timide, la pratique me sembla farfelue. Cependant, je fus vite habitué à voir des femmes et filles chaussées de la célèbre sandale. Ici elle se porte avec tout : jean, jupe, et même costume. Bien malin celui qui aurait pu prédire un tel succès à la tong dans la campagne irlandaise.
Le soir
Si la journée la ville est assez calme, le soir elle commence à s’animer. Les restaurants se remplissent, et les pubs pourtant très nombreux semblent déborder tellement ils sont pleins. Avec une pinte deux fois moins cher qu’en France la soirée est vite lancée. Tous les soirs ce rituel se répète. Cela me rappelle une citation que j’avais trouvée avant mon départ en me documentant sur l’Irlande : « La bière est la preuve que Dieu nous aime et veut que nous soyons heureux. » (Benjamin Franklin) Heureusement, les Irlandais sont très religieux, cette maxime doit donc leur parler particulièrement. Et en effet la bière est ici une vraie institution. Et il suffit d’entrer dans un des pubs de Killorglin pour en être convaincu. On peut y distinguer le vieillard barbu, fidèle à ce pub depuis des années, une pinte…SA pinte à la main, mais aussi les familles, les touristes curieux de connaître cette ambiance si particulière et les jeunes en plein concours de cul sec. Mais attention pas n’importe quel concours ! Pour entrer dans ce cercle très fermé mieux vaut s’accrocher. Quatre secondes pour une double pinte et demie !!! Tel est le record du champion. Fierté, honneur et surtout une coupe (si, si !) sont les récompenses pour sa prouesse. Tiens, je me demande si les Irlandais sont conscients de boire beaucoup et de vouer un tel culte à la bière. Suite à ma demande on me cite ce proverbe : « L’Anglais rassasié, l’Ecossais affamé, l’Irlandais enivré sont dans leur meilleure condition »
Ok ! La réponse est claire.
L’alcool n’est pas un danger ici, tout du moins il n’est pas vu comme tel.
Mais le phénomène devient encore plus intéressant les jours de match de foot Gaélique. Le sport le plus populaire du coin et d’Irlande à ce qu‘en disent les locaux. Un mélange de foot et de rugby complètement inconnu hors d’Irlande. La ville devient alors totalement déserte. Les seules ombres visibles à travers les vitres du pub sont celles de touristes ou d’hérétiques. Car ici tout le monde aime le foot Gaélique : femmes, enfants et grands-parents sont de la fête.
Killorglin ville cosmopolite ?
Pour poursuivre sur le thème de la fête, une chose à laquelle je ne m’attendais pas fut de rencontrer tant de gens différents. Certes FEXCO, de par son ouverture et sa taille, draine beaucoup de personnes des quatre coins du monde mais l’explication ne peut pas résider que dans ce fait. Beaucoup d’étrangers (non irlandais et non français) ne travaillant pas pour FEXCO ont migré en Irlande. J’ai ainsi rencontré un médecin pakistanais et sa compagne coréenne, un couple d’australiens dans le milieu du textile, un tchèque, une hollandaise, des espagnoles, et un burundais. Tous riches d’expériences diverses les ayant conduits dans ce petit coin de verdure du sud-ouest irlandais. S’il y a beaucoup d’étrangers à Killorglin les francais sont sans doute les plus représentés. Si dans mon département je suis le seul, à la Western Union ils sont bien plus nombreux. En y rajoutant les touristes on atteint un nombre important de nos compatriotes foulant les vertes terres celtiques.
Le Puck Fair
C’est l’une des plus anciennes foires et fêtes celtes, célébrée en l’honneur d’un bouc, symbole de fertilité. Une foire aux bêtes, des concerts, et une parade de couronnement du roi Puck sont organisés. Pour l’occasion les bars ouvrent plus tard et certains ne ferment pas. On y trouve la Guinness Busking Competition une troupe de musiciens qui remplit de gaieté les rues de la ville foulées par près de 150.000 personnes.
Impressionnant pour un si petit village !!!
Le bouc est juché sur une tour métallique montée au milieu du village pour l’occasion. Il y restera trois jours avant de partir sur une charrette on ne sait où. Au travail tout le monde a joué des coudes pour avoir le privilège de ne pas travailler ce week-end là.
La ville est métamorphosée. Il est impossible de se déplacer, trop de monde, des voitures ont envahi toutes les routes transformées en parking pour l’occasion. Il m’aura fallut plus de 20 minutes pour aller faire mes courses au SPAR situé à 300 mètres de chez moi. Cette marée humaine en devient presque effrayante de par son importance. Où que l’on aille, on se croirait en première ligne d’un concert de métal, secoué, piétiné, et éclaboussé de bière.
Ce marathon de la bière dure trois jours. Du vendredi au dimanche soir. Un feu d’artifice est lancé depuis l’eau le dernier soir.
Le départ
Le temps est bien vite passé, voilà déjà le moment de partir. Comment dire merci à tous les gens que j’ai rencontré, à qui offrir un cadeau ? Le temps d’échanger des adresses mails, des numéros de téléphone, de récupérer la caution de la maison, et me voilà déjà dans l’avion. Avant mon départ tous mes collègues m’ont offert une carte et des petits cadeaux. De telles attentions font toujours très plaisir.
L’aventure irlandaise est finie pour moi, tout du moins pour cette année. Je reviens plein de souvenirs et satisfait d’avoir si bien profité de cette expérience.
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